Necropolice.

Publié le par Les Chroniques chimériques de Stanislas

 

  Mai 2011. 

  Je delaisse un moment le scénario, pour l'écriture pure et dure.

  Ca donne ça : Nécropolice.

 

 

 

 

 

 

Dernier jour.

Au large de la Norvège.

 

Le bateau tangue au rythme saccadé des vagues, je tente de m’adosser contre la cabine mais j’ai atrocement mal. Mon visage est collé sur le pont gelé du cotre.

Je tire dessus.

Je hurle.

La douleur sur la joue est intense, mais ne dure pas, le froid anesthésiant la blessure, à la vitesse grand V, comme tout le reste de mon corps, excepté cette plaie sanglante à l’abdomen…comme un châtiment divin pour me rappeler que je me suis approché trop près de la vérité.

Et quelle vérité.

Je suis en train de me geler au milieu de nulle part, à des miles nautiques de toutes côtes, comme un clandestin perdu en pleine mer, un oublié de l’humanité qui l’a pourtant crée, car je suis quelque part leur enfant, leur fils indigne, leur bâtard …

Je suis assis contre la paroi de l’habitacle, mes jambes raides devant moi, juste sous le ciel anthracite. J’essaye d’apercevoir quelque chose sur le pont, par réflexe, mais ma vue est parasitée par les tourbillons de flocons de neige, qui tombent drument sur le cotre, désormais immobile et silencieux telle une tombe.

J’aperçois mon flingue, un Manurhin MR 73, à quelques mètres, noir et fragile.

J’essaye de l’attraper par la crosse, je me courbe mais la douleur est trop forte.

Je chavire.

Un flash : moi dans un lit à côté d’une femme endormie. Je ne la reconnais pas/plus.

J’ai mon arme en main.

Le bateau vacille, on vient de me percuter par bâbord. Pas un zodiaque de gardes-côtes venu à ma rescousse, mais plutôt un morceau de glace de la taille d’une maison, loin de sa banquise natale. Il est immense, majestueux, pur comme un dieu Antique perdu dans ce XXIe siècle.

Je lève ma main libre. Elle est maculée de sang. Je dois absolument me prouver que je suis encore vivant, que je n’ai pas passé l’Hadès, que tout ceci est bien réel…

Je vais bien crever noyé. Pas d’une blessure par balle au ventre.

La créature de glace, antédiluvienne, semble me défier malgré l’absence d’yeux.

Je lui souris par bravade.

L’eau glacée commence à recouvrir le pont. Elle remonte lentement vers moi d’une façon fallacieuse, comme si je lui faisais peur, comme si j’étais le dernier homme, comme si j’étais différent, comme si j’étais puissant.

J’arme mon MR73, en recule le percuteur, je pose le canon sur ma tempe et je considère l’immensité ; c’est froid.

L’eau gagne mes bottes, engourdit mes jambes presque mortes, en prenant la direction de mon sexe.

Un flash : moi, seul, valide derrière la barre de ce bateau, dans la grandeur de l’océan nordique.

J’appuie alors sur la détente, le percuteur frappant la base explosive de la balle, la projetant dans le canon, vers ma tête.

Il parait que juste avant de mourir on voit défiler sa vie, comme un film avec cent images par seconde, sans relief, avec un putain de mal au crâne. Moi c’est plutôt autre chose, une sorte de peinture sans couleur, un polaroid noir et blanc sur des images aliénées de mon passé/futur perdu.

Je meurs, sans aucune douleur, ou presque.

 

Le bateau sombre quelques instants plus tard, m’emportant dans les abysses sans fond de l’océan de l’Atlantique. L’iceberg, lui, a disparu aussi brutalement qu’il était apparu…

Comme un fantôme.

Amen.

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